Publié par Admin Blog le lundi 1 février 2010 à 08:00.
par J.Y. Leloup
Quand y a-t-il phénomène sectaire?
* Il y a sectarisme lorsqu'on est en présence d'une conscience d'appartenir à un groupe détenant le monopole de la vérité et du salut. Certains y verront un facteur de sécurisation. La sécurité n'est certainement pas le bonheur, mais elle est de première nécessité pour des tempéraments angoissés. On est alors prêt à sacrifier sa liberté pour obtenir, si ce n'est la Réalité, au moins une promesse de certitude et de sécurité. * Il y a sectarisme lorsqu'un groupe se considère comme autosuffisant. Il n'y a de contact avec les autres que pour les convertir, ou les assimiler. Certains y verront un facteur de cohésion affective de type schizophrénique.
* Il y a sectarisme lorsque la primauté est donnée aux principes ou à la doctrine, et à son interprétation authentique sur les personnes. On se sert de l'Ecriture, on ne la sert plus; elle est utilisée comme un voile qui fait oublier le visage de l'homme, alors qu'elle fut écrite pour le révéler. Ce qui prime, c'est la lettre identifiée à la volonté de Dieu, et la lettre tue. Certains y reconnaîtront une rigidité doctrinale et disciplinaire de type paranoïaque.
Une question de base
Une question point de repère: est-ce que l'association, la secte, le parti, l'église, la religion dans laquelle je me trouve actuellement me rend :
* Plus intelligent? L'institution dans laquelle je me trouve ne pense-t-elle pas à ma place, ne me dicte-t-elle pas ce qui est bien, ce qui est mal? Stimule-t-elle plutôt ma propre pensée?
* Plus aimant? Mon église, mon association, ma religion m'aident-elles d'abord à m'aimer moi-même (sinon, comment aimer l'autre comme soi-même?) puis à aimer mes amis, avant d'enfin me rendre capable d'aimer mes ennemis?
* Plus vivant? Il ne s'agit évidemment pas d'être bien dans sa peau, d'être en pleine forme, mais de se rapprocher des sources vives de sa vie qui, jusqu'au dernier moment, nous donneront une certaine qualité de force et de transparence. Puissance désarmée de celui qui est un avec ce qu'il est, sans rien ajouter, sans rien retrancher.
* Plus libre? Il faut se demander si dans une secte « la porte reste bien ouverte dans les deux sens ». Peut-on sortir aussi facilement qu'y entrer, sans avoir l'impression de trahir la communauté, d'être damné, ou poursuivi par des esprits ou des forces qui ne nous pardonneront pas ce qu'on appellera notre « apostasie »?
Bénéfices secondaires
L'homme n'aime pas toujours être libre, il aimerait être dispensé de penser par lui-même; qu'on lui dise une fois pour toutes ce qui est bien et ce qui est mal. Il n'y aurait plus qu'à obéir et à connaître le bonheur. La plus grande force de tous les inquisiteurs est dans notre démission.
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